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Les pays du Sahel central, à savoir le Burkina Faso, le Mali et le Niger, sont confrontés à une crise inédite marquée par un extrémisme violent, des déplacements forcés et une insécurité croissante. La forte augmentation des attaques armées contre les communautés, les centres de santé, les écoles et autres institutions et infrastructures publiques a perturbé les moyens de subsistance et l'accès aux services sociaux. L'impact sur les personnes touchées est dévastateur.

 

Alors que la communauté internationale réagit à la crise, nous devons répondre aux besoins immédiats et investir dans le développement sur le long terme.  Nous devons également travailler à instaurer la paix ensemble, thème de la Journée Internationale de la Paix cette année.

 

Dans le Sahel central, l'instauration de la paix nécessite la pleine participation des femmes et des jeunes.  L'engagement, l'emploi et l'autonomisation des femmes et des jeunes offrent le meilleur espoir de paix, de stabilité et de relance économique.

 

Si les réponses à cette crise complexe se sont jusqu'à présent concentrées sur des interventions humanitaires et militaires, il est nécessaire de procéder à des investissements collectifs et simultanés dans tous les secteurs, notamment au niveau de la réponse humanitaire, du développement économique et social, et du renforcement de la paix pour favoriser une société durable et résiliente.

 

En priorité, les gouvernements et les partenaires doivent prendre des mesures pour réduire les souffrances humaines; il est important de ne pas perdre de vue l'aspect central de la protection dans notre réponse collective à cette crise. Sur 63 millions de personnes, plus de 13 millions ont besoin d'une aide humanitaire, soit environ 1 personne sur 5.  Plus de 1,5 million de personnes sont déplacées, car elles doivent fuir les groupes armés non étatiques de la région du Sahel central et des pays voisins. La violence fait des ravages.

 

Ainsi, une aide est nécessaire pour lutter contre la violence sexiste, le manque de services de santé de base, l'insécurité alimentaire croissante, l'augmentation de la pauvreté et la COVID-19. Dans le Sahel central, comme dans d'autres pays du monde, les femmes et les filles subissent un impact disproportionné pendant les crises et sont confrontées à des risques accrus d'exploitation et d'abus sexuels. En effet, depuis le début de la COVID-19, les signalements de violence à l'encontre des femmes augmentent.

 

Compte tenu de la surcharge des systèmes de santé et des capacités des travailleurs de la santé, il est essentiel que les intervenants de première ligne soient dotés d'équipements de protection individuelle pour prévenir la propagation de la COVID-19, répondre aux besoins des survivants et leur fournir les services nécessaires.

Selon le programme SWEDD (Sahel Women's Empowerment and Demographic Dividend), on estime qu’environ 12 millions le nombre de filles au Sahel ne sont pas scolarisées en raison de la pandémie, un facteur qui les expose à un risque accru d'agression sexuelle, de mariage d'enfants et de grossesse précoce.

Lancé par l'Organisation des Nations unies et la Banque Mondiale, en réponse à un appel lancé par les gouvernements du Sahel, l'ambitieux programme SWEDD, mené par le UNFPA avec l'Organisation Ouest Africaine de la Santé et ses partenaires, est une initiative de référence qui vise à réduire les inégalités entre les sexes et convertir la croissance démographique en dividende économique.

 
 

Pour aller de l'avant, il faut s'attaquer aux vulnérabilités et aux violations des femmes, des adolescents et des jeunes touchés par la crise afin d'éviter une génération insatisfaite et dépendante. Ces jeunes (et les jeunes hommes en particulier), sont en effet un vivier de recrutement pour les groupes armés et l'extrémisme.

 

Il est temps d'agir collectivement pour mettre les femmes et les jeunes au centre des efforts, soutenir la réforme sociale et investir dans les services sociaux tout en répondant à la pandémie. Aussi, des partenariats dynamiques entre les gouvernements et les agences humanitaires pourraient offrir aux femmes et aux jeunes des opportunités et soutenir la protection, la santé (y compris la santé sexuelle et reproductive), et l'éducation.

 

Donner aux femmes et aux jeunes les moyens de développer leurs compétences, de recevoir une formation et de gagner un revenu favoriserait la cohésion sociale, réduirait la dépendance économique et l'extrême pauvreté, et contribuerait à la paix, à la résilience et à la reprise d'une manière plus durable.  La création de communautés plus inclusives et plus saines diminue les risques tels que le mariage précoce et les grossesses précoces et non désirées.

 

Permettre aux femmes et aux jeunes de devenir autonomes crée un cadre propice à l'appropriation et à l'autonomisation.

Pour favoriser le progrès, il est nécessaire de développer des mesures incitatives économiques pour que les entreprises du secteur privé emploient des jeunes, y compris des jeunes femmes. Un partenariat solide avec le secteur privé permettrait aux gouvernements de stimuler l'innovation et le progrès et d’avoir une base de financement plus diversifiée afin de soutenir les stratégies à long terme en faveur de l'emploi des jeunes. Les entreprises trouveraient un équilibre entre philanthropie et affaires, tandis que les jeunes seraient à même d'atteindre leurs objectifs financiers et leur indépendance au moment de leur passage à l'âge adulte.

 

Pour réussir, les gouvernements du Burkina Faso, du Mali, et du Niger devraient jeter les bases institutionnelles et structurelles de l'emploi des jeunes en faisant la promotion de programmes et de partenariats en faveur de la formation professionnelle et de la création de petites et moyennes entreprises. Cela est particulièrement important dans les communautés éloignées pour le bénéfice des jeunes et des communautés dans lesquelles ils vivent.

 

Les efforts doivent tenir compte des droits des jeunes femmes et des jeunes hommes et les inciter à se prendre en charge et à tendre vers la prospérité économique, tout en promouvant l'égalité des sexes, la cohésion sociale et l'accès à des services et des soins de santé de qualité, notamment le soutien psychosocial et le planning familial.

 

Compte tenu des contraintes de financement croissantes, le système des Nations Unies doit faire preuve de nouvelles méthodes de travail innovantes et d'efficacité pour « faire plus avec moins ». Une approche complémentaire de l'aide humanitaire, du développement et de la consolidation de la paix est la seule façon de faire face aux complexités de la crise du Sahel central.  Des investissements dans ces trois piliers répondront aux besoins immédiats et aux causes profondes, et financeront les efforts visant à mieux reconstruire en plaçant les femmes et les jeunes au centre.

FIN

 

Source:allafrica

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